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DAMENOURS

1822, Mer de Chine et Océan Indien...Une tempête, un jeune garçon et un vieux médecin sont les premiers ingrédients de cette aventure.Viendront s'ajouter une jeune asiatique, le capitaine du navire, un monstre, un dragon, des marins, etc...
Venez découvrir tout un monde à la limite du naturel et du surnaturel !

N'hésitez pas à laisser vos remarques, bonnes ou mauvaises. ce qui compte, c'est la critique. C'est ça la marque d'intérêts...
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  L'OCEAN HANTE - Sommaire Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

L'OCEAN HANTE

 

 

 

Sommaire

 

 

Chapitre 1 – L'Objet Précieux

 

Chapitre 2 – L'Asiatique

 

Chapitre 3 – Les Secrets

 

Chapitre 4 – Agitations

 

Chapitre 5 – Le Jeu des Dieux

 

Chapitre 6 – Le Combat

 

Chapitre 7 – Le Choc

 

Chapitre 8 – La Légende du Chevalier Greenor

 

Chapitre 9 – L'Entrée de la Grotte

 

Chapitre 10 – L'Enfer

 

Epilogue


  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 20-02-2007 à 22h17

 Ouistiti malade pendant la tempête Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 
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  Lire les 2 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 07-03-2007 à 20h04

 Chapitre 1 - L'Objet Précieux Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

Chapitre 1 – L'Objet Précieux

 

 

       A travers la tempête qui se déchaînait, balayés par les vents tourbillonnants, fouettés par les lames de fond, des hommes se battaient. Ils se battaient parce que c'était leur devoir. Ils n'étaient pas effrayés par la nature mais accoutumés à ses caprices. Malgré le danger qu'ils encouraient dans ces moments-là, ils n'avaient aucune peur, aucune crainte. Leur navire était solide. Ils avaient vu des mers et des océans sans dessus dessous. Mais surtout, ils faisaient confiance à leur capitaine.

        Le capitaine Teauximer, lui, gardait son sang froid habituel. Il commandait son équipage avec force et efficacité. Il était responsable de tout et de tous. On lui avait confié une mission, celle d'apporter des marchandises en Extrême-Orient. Dans quelques jours, il en aurait fini. Ce voyage avait été long et pénible. Mais avant de penser à leur arrivée, il lui faudrait passer cette sale tempête.

        - Tonnerre de cornes à cocu, grogna-t-il. Jeannot ! Il me faut quelqu'un pour aller décoincer Martin. Une caisse lui est tombée dessus. Il a la jambe de droite de foutue, de la vraie bouillie. En même temps trouve-moi Doc. Je me demande bien où il est encore allé cuver son vin celui-là.

        Le capitaine occupé par la navigation du vaisseau, par les dégâts dus à la tempête et par les incartades de Doc, ne pouvait rien faire pour Ouistiti et son mal de mer.

        Ce jeune écossais de mère française avait voulu s'engager dans la marine marchande française. Il avait la double nationalité franco-britannique. Son véritable nom était Etienne Wark. Tout le monde l'appelait Ouistiti car il était le plus jeune, treize ans, et parce qu'il était aussi habile et rusé qu'un singe.

        La veille, Ouistiti avait eu sa première soûlerie. Comme tout un chacun peut le deviner, il avait eu sa première gueule de bois à son réveil le matin. S'il était malade, c'était sa faute. Aussi ne se plaignait-il pas. Pourquoi y avait-il eu une tempête juste ce jour-là ? Il n'avait pas de chance.

        Ouistiti était en train de vomir par-dessus bord lorsqu'il entendit qu'on l'appelait. C'était Jeannot qui lui demandait de chercher Doc, son compagnon de la veille. C'est ainsi qu'il passa toutes les cales en revue jusqu'à ce qu'il le trouve dans la cuisine. Doc dormait paisiblement dans un tonneau vide qui, au début du voyage, était rempli de pommes. Le jeune garçon commença par secouer gentiment le vieil homme. Il ne se réveillait pas. Il secoua plus fort. Toujours rien. Puis plus fort. Là, le médecin aux cheveux blancs décida d'ouvrir les yeux.

        - Que fais-tu là Ouistiti ? Tu devrais être sur le pont.

        - Oui ! Je sais. Mais on m'a envoyé te chercher. On a besoin de toi.

        - Pourquoi ? Ils ne peuvent pas me laisser dormir en paix ? Bougres de dieux…

        - Je crois que c'est Martin. Une caisse lui est tombée dessus. On m'a dit qu'il avait eu sa jambe droite aplatie comme une crêpe. C'est urgent !

        - Bon, du calme ! J'arrive !

        Ouistiti dut aider Doc à sortir de son tonneau, il s'était coincé le derrière dans le fond. Une fois sur ses deux jambes chancelantes, Doc suivit Ouistiti qui était déjà loin devant lui. Après quelques minutes, ils se retrouvèrent dans les cales où les caisses de marchandises étaient entreposées. Ce n'était pas beau à voir. Une corde empêchant les caisses en bois de se promener au gré des roulis du bateau s'était coupées. Martin était coincé. Des hommes essayaient de le secourir sans trop le bouger. Doc s'approcha de l'homme blessé, lui tâta le pouls.

        - Ouistiti ! Apporte-moi du rhum !

        - Tu ne crois pas que t'en as assez bu ?

        - Ce n'est pas pour moi. Vite ! Dépêche-toi ?

        Doc avait prit cet air grave que Ouistiti commençait à bien connaître. Dans ce cas-là, il ne fallait pas rigoler. C'était donc du sérieux. Il fit le plus vite qu'il put.

        - Tiens, garde sa tête relevée comme ça… Bien… je vais lui faire un garrot. En attendant, fais lui boire le rhum.

                Le garçon fit ce qu'on lui demandait sans attendre. Martin souffrait. Cela se voyait sur son visage. Ses yeux étaient presque jaunes, ses traits crispés. Il tremblait et gémissait. Il avait froid et pourtant était trempé de sueur. Ouistiti remarqua que cet homme mourant essayait de lui dire quelque chose. Il approcha son oreille de la bouche de Martin.

                - Gamin… prends… la chose qu'il… Heu !... qu'il y a dans ma… dans ma poche… Heu !... Garde la pour… toi et ne… ne la montre jamais  personne… Heu !...A personne, tu me le promets ?...

                - Martin tiens bon, Doc arrive. Il n'en a pas pour longtemps. Fais pas l'idiot pour une fois… Martin !  Tiens bon !

                Ouistiti pleurait, parlait, criait en même temps. Il paniquait tout simplement comme un enfant de treize ans qui n'a jamais vu la mort d'aussi près. Comme un enfant de treize ans qui ne sait pas encore pourquoi il faut mourir un jour. Il secouait Martin pour ne pas qu'il s'endorme dans ses bras.

                - Tu me le… promets ?...

                - Oui, je te le promets Martin ! Mais ne meurs pas, tiens bon !

                - Merci…

                Et il mourut en prononçant le surnom du gamin. Ce dernier le bougeait en tout sens. Il commençait à prendre conscience de la mort. Maintenant, il la connaissait de près. Il fit ce que lui avait demandé cet homme avant de s'éteindre. Il enfonça sa main dans la poche du pantalon usé et en sortit un vulgaire bout de ficelle avec une médaille.

                La médaille était sûrement de l'or. Elle était ronde et aussi large que la paume d'une main. Le métal était travaillé avec finesse et beauté. Des pierres précieuses dessinaient un animal étrange, une sorte de dragon comme on en voyait sur les vases en porcelaine de Chine. Les écailles du dragon étaient formées par de petites pierres de jade d'un vert éclatant nuancées avec des pierres d'émeraude. Les yeux étaient figés par deux superbes rubis.

                Ouistiti se cacha rapidement dans un coin. Il surveilla que personne ne puisse le voir. Une chose pareille était trop visible et ne manquerait pas d'attirer la convoitise. Mais ce qu'il voulait en priorité, c'était tenir la promesse qu'il avait faite au marin. Il reposa ses yeux sur l'objet fascinant qu'il tenait entre ses mains. Il le fit tourner entre ses doigts pour voir l'autre face. Quelle stupéfaction ! Un autre dessin y était gravé, encore plus somptueux que le premier.

                C'était un guerrier chinois des temps anciens. L'homme tenait une épée, ou plutôt un sabre dont la lame blanche scintillait. Ouistiti n'en était pas certain. Etaient-ce vraiment des diamants qui représentaient l'acier de l'arme ? Le jeune garçon avait les yeux illuminés par tous ces joyaux. Plus il les regardait, plus il avait l'impression que des étoiles éblouissantes de mille feux dansaient dans sa tête. Devenait-il fou ? Rêvait-il ? Etait-ce vrai ? Il ne savait plus que penser ni que faire.

                Tout à sa contemplation, ouistiti n'avait pas entendu que Doc l'appelait. C'est pour cela qu'il sursauta lorsqu'il sentit quelque chose rebondir sur son crâne. C'était Doc qui lui avait lancé une des pommes dont il s'était approvisionné.

                - Eh ! Ouistiti ! Tu ne vas quand même pas m'en vouloir toute ta vie si tu es malade ? Je sais qu'hier soir je t'ai incité à boire et que ce matin tu as mal partout. Mais crois en mon expérience, à chaque fois c'est pareil.

                Doc essayait de distraire Ouistiti. Depuis le départ du port de Marseille, il l'avait prit sous son aile. Un vieil ivrogne comme lui avait besoin de quelqu'un à qui se confier. Il parlait et se comportait avec lui comme avec un disciple. Il lui racontait ses souvenirs les plus inavouables. Pour embellir ses histoires, la plupart du temps, il inventait les détails. Il lui apprenait la médecine. Celle qu'il avait apprise à l'Université de Montpellier et celle qu'il avait apprise lui-même en traversant le monde.

                Ouistiti, lui, ne s'en plaignait pas. Il adorait ce vieux fou de Doc. Il le trouvait sénile, amusant et fascinant à la fois. Il aurait aimé en savoir autant que lui sur les humains et leurs façons de vivre. Il savait que les aventures qu'il lui narrait étaient presque toutes amplifiées, mais Doc n'était pas un marseillais pour rien. En échange, le gamin lui contait les légendes de son pays natal. L'Ecosse lui manquait bien un peu. Il n'avait pas voulu s'engager dans la marine britannique. Il avait les Anglais en horreur. Chaque fois qu'on lui demandait pourquoi il ne pouvait pas les voir, il répondait : «  Pour les mêmes raisons que les Corses n'aiment pas les Français ! ».

Ce jeune garçon plein de vigueur avait une intelligence et une perspicacité rares pour son âge. Il adorait apprendre. Il parlait plusieurs langues dont l'anglais, sa langue paternelle, et le français, sa langue maternelle. Il conversait aussi le flamand, le catalan et l'allemand. Malgré toute l'application qu'il y mettait, il gardait toujours cet accent si particulier aux écossais, cette façon de rouler les « r » entre autre. C'est peut-être parce qu'il aimait en savoir le plus possible sur les hommes, quelles soient leurs races, us et coutumes, qu'il avait décidé de fuir de chez lui pour s'engager dans la marine marchande française. Il avait voyagé à pieds et en charrettes de Glasgow, sa ville natale, jusqu'à Douvres. Là, il avait réussi à se faire enrôler comme mousse pour traverser la Manche et arriver en France. De Lille, il avait envoyé une lettre à sa mère pour ne pas qu'elle se fasse trop de soucis. Puis, il avait trouvé un petit boulot pour payer son trajet jusqu'à Marseille. Une fois arrivé à destination, il s'engagea, trichant sur son âge, déjouant les lois avec l'aide des voyous qui traînaient généralement sur les quais. A bord, il essaya de se mélanger avec les autres marins. Doc fut le premier à s'apercevoir qu'il était très jeune, d'où leur amitié. A la suite, tout l'équipage du navire fut au courant. On le garda quand même, on ne pouvait pas faire demi-tour. De toute façon, on le respectait pour son travail bien fait. Il était la mascotte du bateau.

Ouistiti rangea son précieux trésor en passant la corde autour de son cou, la médaille sous sa chemise. D'un seul coup, il mit la main devant sa bouche et courut sur le pont. Doc le suivit. Il le retrouva penché sur le bord en train de vomir une fois encore. La pluie, toujours aussi dense, continuait de marteler tout ce qu'elle touchait. Plus Mirabelle – qui était le nom du navire – tanguait, plus Ouistiti se sentait mal. Il réussit cependant à se glisser jusqu'à la cale qui servait de dortoir. Il s'allongea dans le premier hamac venu. Quelques heures plus tard, il dormait.

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 18-02-2007 à 21h36

 Chapitre 2 - L'Asiatique Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 

Chapitre 2 – L'Asiatique

 

 

        Lorsqu'il s'était réveillé, Ouistiti s'était senti léger, reposé. En bref, il était en forme. La tempête avait cessé durant son sommeil. Dans quelques heurs, il pourrait mettre les pieds sur la terre ferme pour la première fois depuis des semaines. Mirabelle serait arrivée à destination sans trop d'encombres. Le plus difficile pour elle aura été la dernière tempête où Martin avait laissé la vie. En pensant à ce dernier, le garçon toucha son torse. La médaille était bien là, il n'avait pas rêvé. Il regarda encore une fois le bijou, simplement par curiosité. Comment Martin l'avait-il eue ? Pourquoi la lui avoir donné à lui ? Comment se faisait-il qu'il n'en ai jamais parlé auparavant, lui qui était si bavard ? Et pourquoi lui avait-il demandé de faire la promesse de n'en souffler mot à personne ? Le poids des questions que son jeune âge avait du mal à porter l'écrasait. Pour l'instant, il devait retourner sur le pont pour attendre les derniers ordres qu'on lui donnerait.

        Trois heures plus tard exactement, Mirabelle faisait escale dans le port de Shangaï. Ouistiti fut émerveillé par le contraste qu'offrait ce port par rapport à ceux qu'il avait connu jusqu'à présent. On aurait pu se croire dans un autre monde. Un monde qui aurait évolué sur la mer au lieu de se développer sur la terre. Les coques en papier, surmontées de drôles de voiles, auraient pu s'envoler au moindre coup de vent à ses yeux. Il savait pourtant que cela existait, il en avait entendu parler. Il était tout de même subjugué par toutes ces nouvelles choses pour lui.

        - Alors, Petit ! Comment trouves-tu ce pays ? Je parie que tu ne t'attendais pas à ça ?

        C'était Doc. Il était arrivé par derrière, sans crier gare, en posant une main toute paternelle sur l'épaule du garçon. Il l'avait fait sursauté. Ses yeux étaient fixés sur les quais, un sourire collé au visage.

        - Nom de Dieu ! C'est vrai ! Ça fait un drôle de choc !

        - Sois pas vulgaire !

        - Et quand c'est toi ?

        - Moi ?! Mais je suis vieux, je peux me le permettre. Pas toi !

        - Pourquoi ? Je t'en prie !

        - Le temps et l'âge te le diront mon p'tit…

        Sur ce, Doc prit son baluchon sur l'épaule, entraînant Ouistiti avec lui. Ils débarquèrent. C'est avec une grande joie qu'ils purent mettre les pieds à terre. Cela leur paru bizarre que le plancher ne bouge pas. Ils reprendraient l'habitude comme tout marin qui se respectait. Le jeune garçon ne savait pas où aller. Il ne connaissait rien ni personne dans ces contrées inconnues.

        - Viens ! Je connais un p'tit boui-boui plutôt sympa un peu plus loin.

        C'est ainsi que Ouistiti, Etienne Wark de son vrai nom, arriva dans un cabaret miteux appelé : « Le Lotus Bleu ».

        Lorsqu'il vit l'intérieur de l'établissement pour la première fois, il se figea. Il fut pris à la gorge par l'odeur âcre et poisseuse qui flottait autour de lui. Les hommes buvaient tous. C'étaient des marins européens pour la plupart d'entre eux. Des femmes, fardées à outrance, se promenaient à travers cette salle étroite. Leurs vêtements ne les recouvraient qu'à moitié. Leurs jambes dénudées évoquaient l'impudeur de leurs mœurs. Les gorges développées faisaient des avances indécentes aux passants. Ce n'était que de très jeunes femmes, toutes asiatiques.

Une jeune fille attira le regard de Ouistiti plus que les autres. Malgré le peu de vertu qu'elle affectionnait, elle affichait une impression de noblesse. Cela provenait peut-être de son visage aux traits volontaires qui lui conférait un port de tête altier. Ses yeux en amandes possédaient un charme exotique que ses compères n'avaient pas. Ses cheveux, noirs comme de l'ébène, descendaient inlassablement le long de son dos pour s'arrêter au creux de ses reins. Ses jambes, dévoilées jusqu'au genoux, firent palpiter le cœur du jeune garçon. Ce pauvre gaillard avait entendu bien des histoires sur ses filles de joies, mais il n'avait pas pensé que l'on puisse éprouver de tels sentiments envers elles. Il voulut la voir de plus près. Il s'approcha lentement, les yeux grands ouverts de peur qu'elle ne disparaisse. Cette apparition au corps de déesse fit naître en lui des sensations qu'il n'avait jamais connues. Une chaleur sourde s'enflait peu à peu dans son estomac, son sang bouillonnait à travers ses veines. Plus il se rapprochait d'elle, plus il pouvait distinguer le grain d'une rare finesse de sa peau. L'idée lui vînt qu'elle devait être la plus douce au toucher.

Elle était penchée sur la planche qui faisait office de comptoir, assise sur les genoux d'un homme. Cet homme était gras, sale et vulgaire. Ouistiti s'installa à leurs côtés, les yeux toujours fixés sur elle.

- Eh ! Minable ! T'as les mires en syncope ou tu fais exprès ? lança avec hargne le gros type d'une voix empâtée d'alcool.

Le jeune garçon revenu de sa torpeur demanda :

- Faire exprès de quoi ?

- De nous r'luquer, pardi ! Moi et ma nana…

Maintenant elle s'était levée et se tenait debout près du marin. Il lui tapa grossièrement le derrière avec sa main volumineuse. Ouistiti rougit jusqu'à la racine des cheveux, peu accoutumé à ce genre de spectacle. Il baissa le regard honteusement, s'excusa et s'en retourna du côté de la pièce où se trouvait son vieil ami. Doc l'accueillit les bras ouverts en criant :

- Ben ?! Où t'étais passé ?

- Oh ! Euh… Nulle part…

Ils s'installèrent autour d'une table et discutèrent tout en buvant du rhum. Ils parlèrent de leur prochain embarquement. Ils vogueraient sur Mirabelle en direction de l'Afrique, toujours commandés par le capitaine Teauximer. Ils feraient escale à Dakar. De là, le navire reprendrait son voyage jusqu'à Marseille, leur point de départ. Entre temps, ils seraient dans l'obligation de faire un détour dans un archipel de l'Océan Indien, celle des îles Kerguelen. Pour le moment, ils leur restaient une semaine de loisirs à vadrouiller dans le grand port qu'était Shangaï.

Le lendemain matin, Ouistiti se réveilla sur quelque chose de dur. C'était une natte qui servait de lit. Un mélange d'odeurs de tabac de maïs et de mauvais rhum s'exhalait des murs défraîchit de la pièce. Sa tête lui faisait mal. Les battements de son cœur résonnaient dans tout son corps. Il se rappelait avoir beaucoup bu la veille au soir. Après, c'était le trou noir. Il décida qu'il était temps qu'il se lève. Le soleil était déjà haut dans le ciel. Il voulait profiter de cette semaine de permission pour découvrir cette ville nouvelle. Il avait dormi habillé et n'avait plus qu'à chausser ses bottes. La chaleur moite de cette journée d'été n'était pas pour arranger sa langue pâteuse. En quelques minutes, il fut dehors prêt pour l'aventure.

Pendant un moment, il marcha au hasard des rues. Les passages étroits, emplis de boue, formaient un labyrinthe sans fin. Des haillons séchaient sur des cordes étendues entre les habitations. Ici, les gens étaient aussi pauvres que dans les rues de son quartier à Glasgow.

Tout d'un coup, dans son effarement, une ombre retint son attention. Quelqu'un se profilait dans le lointain. Une silhouette de femme se distingua de la masse humaine. Il lui semblait l'avoir déjà vue auparavant. Lorsque son sang se mit à mouvoir dans ses veines, il comprit. C'était la jeune asiatique qu'il avait aperçue la veille au soir. Sa curiosité l'emportant sur son bon sens, il se lança à sa poursuite. Il la suivit dans une ruelle où il y avait encore plus de populace. Son regard ne la quittait pas. Il bousculait les passants pour ne pas les perdre de vue. Malgré toute la force qu'il employait pour se frayer un chemin, il fut bloqué. Une voiture à bras le gêna pendant un instant. Il ne la voyait plus. Il courut, la chercha. Sans résultat. Il l'avait perdue, à moins – bien sûr – qu'il ne fut semé. Déçu autant par sa chance que par lui-même, il fit demi-tour et rentra au « Lotus Bleu ».

Les jours passèrent sans qu'il ne la rencontre de nouveau. Ce n'était pas faute de ne pas avoir essayer. Tous les soirs, il restait dans la salle enfumée, la guettant. Tous les après-midi, il retournait dans la ruelle où il l'avait entrevue, l'attendant. Il avait essayé. Il avait échoué. Perdre n'était pas dans ses habitudes, cela le frustrait. Il reporta donc sa mauvaise humeur sur Doc. La veille de leur départ, le vieil homme voulut le taquiner :

- Ouistiti ! Malgré toute la mauvaise volonté que tu as mis pour être aimable avec moi cette semaine, je vais t'offrir un cadeau.

A ces mots, le jeune garçon se redressa sur sa chaise.

- Ah oui ? Quoi ?

- Oh ! Juste une chose qui te fera plaisir… Ca tu peux me croire. Ah ! Ah ! Ah !

Doc leva la main et, avec son index, il fit signe à quelqu'un d'approcher. Ouistiti tourna la tête pour découvrir qui cela pouvait être. Quel choc eut-il en découvrant celle qu'il avait recherchée ces derniers jours !

- Je te présente Tchnilaï. Elle est belle hein ? Elle est pour toi jusqu'à demain matin. N'oublie pas qu'on part tôt ! Allez va ! Vaurien ! Ne tire pas la langue comme ça. On dirait un sale mioche qui n'a jamais rien vu de sa vie.

Comme à chaque fois qu'il l'avait vue, son cœur se mit à battre plus vite. Ses yeux demeurèrent hypnotisés, fixés sur elle. Mon Dieu ce qu'elle pouvait être somptueuse. Et pour la première fois, il sut ce qu'était vraiment le désir de la chair. Oui ! Elle était, pour lui, la femme la plus désirable qui soit sur cette terre. Tchinlaï le prit par le bras, l'entraînant avec elle. Ils traversèrent la salle, montèrent un escalier et se retrouvèrent devant une porte. Là, elle fit coulisser les battants de papier. L'enfant ne sentit pas le besoin de regarder le décor de cette pièce, trop absorbé par sa contemplation. La jeune fille commença à se déshabiller. Elle avait enlevée son chemisier de soie, laissant découvrir la naissance d'un sein menu. Puis elle braqua son regard sur son invité d'un air étonné. Elle lui parla, mais il ne comprit strictement rien de ce qu'elle lui raconta. Il supposa que c'était du chinois. Elle reprit son discours, en français cette fois-ci.

- Toi, pas enlever vêtements ?

Il dégrafa maladroitement les deux ou trois boutons qui liaient les pans de son haut. Ses mains tremblaient, ses doigts ne lui répondaient plus. Quand Tchinlaï le vit se dévêtir, son visage se transforma. Elle rigolait de son innocence. Ouistiti fut ensorcelé par son rire cristallin. Elle entreprit de l'aider. Elle le déshabilla lentement. Elle l'embrassa sur le torse, sur les épaules, partout sur son corps d'adolescent. Elle continuait de lui ôter ses habits. Comme par instinct, il fit de même avec elle. Ils se caressèrent mutuellement. L'air se chargeait d'une tension pareille à celle des nuits d'orage. Il émanait une telle sensualité de ces deux êtres que n'importe quels grands amoureux de l'histoire auraient pu les envier. Ils tombèrent sur le lit proche, s'enlacèrent. Le jeune garçon apprit, cette nuit-là, ce qu'était l'amour physique.

Ce furent les premières lueurs du jour qui le réveillèrent. Il était emmêlé dans un drap. Il ressentait une plénitude totale. Il perçut une chaleur tout près de lui. Il ouvrit les yeux et tourna la tête. Quand il vit la jeune fille dormir paisiblement sur son bras, il se rappela la belle nuit agitée qu'il venait de passer. Il flemmardait, s'étirait. Il aurait voulu ne plus sortir du lit et rester là toute sa vie. Malheureusement, le bateau l'attendait.

Il retourna dans sa chambre. Il empaqueta les quelques affaires qui lui appartenaient. Ensuite, il se dirigea vers un des murs de cette drôle de chambrette. Avec ses doigts, il gratta un endroit et tira une brique de terre séchée. C'était à cette place qu'il avait caché l'objet précieux à son arrivée. Il passa la ficelle autour de son cou et installa la médaille sous sa chemise usée. Le métal, froid comme de la pierre gelée, le fit frissonner. Après avoir vérifié qu'il n'avait rien oublié, il partit avec un dernier regard nostalgique. Il était certain qu'il n'effacerait jamais cette nuit d'été de sa mémoire. Elle l'avait marquée pour la vie. Il se souviendrait aussi de cette belle et jeune asiatique se prénommant Tchinlaï. Elle lui avait fait découvrir le désir et l'amour à un âge bien précoce. Oui ! Son cœur, son corps, son esprit ne pourraient pas oublier tout cela.

Il était sur le quai où Mirabelle avait jeté l'ancre. Il traversa la passerelle pour s'embarquer. Le navire partirait le soir même à la tombée de la nuit. Ouistiti essayait de graver les moindres détails de ce pays dans sa tête. Shangaï aura été pour lui une étape importante dans sa jeunesse. Il devait de s'en rappeler, pour lui-même.

Avant le départ, ses devoirs l'obligèrent à aller se renseigner pour connaître ses quartiers et ses tâches. Il avait eu droit à une cabine pour lui seul. Pendant son voyage, il serait l'aide de camps du capitaine Teauximer, remplaçant ainsi ce pauvre Martin. Ses corvées consistaient à servir de coursier à son supérieur. Il était très fier car cela impliquait d'importantes responsabilités pour quelqu'un de son âge. Cela prouvait qu'on avait confiance en ses capacités et qu'on respectait son travail. Il était content aussi parce qu'il avait droit à certains privilèges. Il avait ses propres quartiers jouxtant ceux du capitaine. Il avait donc droit à un lit qui n'était pas occupé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il échappait ainsi aux roulements de gardes. Il pouvait enfin espérer qu'aucune bestiole provenant de la malpropreté des autres marins ne viendrait le titiller. Il mangerait à la table des gens importants à bord. Mais ce qu'il préférait, c'est qu'il aurait plus de temps libre à consacrer à la lecture.

Il s'installa dans la petite pièce qui lui était réservée. Elle était composée d'une table fixée à un coin et d'une chaise. A la place de dormir sur une planche ou dans un hamac, il dormirait dans un lit où la couche était faite de paille. Il était confiant en son avenir. La chance et le destin ne l'abandonneraient pas, il en était persuadé.

 

 

 

 

Depuis une semaine qu'ils avaient quitté le port de Shangaï, pas une seule fois le vent n'avait été aussi absent. Une chaleur torride vous écrasait les poumons contre le cœur. Le capitaine Teauximer avait ordonné de rationner l'eau plus que d'habitude. Le voyage de retour ne faisait que commencer. On ne savait pas ce qui pourrait arriver par la suite. Ouistiti était heureux de son nouveau poste. Il était à la hauteur des responsabilités dont on l'avait chargées. Il voyait Doc plus qu'auparavant. Désormais, ils déjeunaient, dînaient et soupaient ensemble à la table du capitaine. Souvent, le jeune garçon empruntait des livres à son supérieur et allait les lire à la proue du bateau. Ces moments-là étaient rares et précieux. A plusieurs occasions, il s'était réfugié dans ses pensées. Il se posait des questions sur le bijou étincelant que son ami décédé lui avait transmis. Il rêvait de Tchinlaï, cette asiatique qui lui avait fait découvrir les joies de l'amour. Doc et Teauximer l'avaient surpris quelques fois la tête dans les nuages pendant ses corvées. Il s'était cogné une fois au grand mât alors qu'il se dégourdissait les jambes sur le pont tout en se remémorant sa folle nuit passée à Shangaï, un grand sourire satisfait aux lèvres. Tous les hommes qui l'avaient vu, avaient éclaté de rire. Et pendant plusieurs jours, il avait été le sujet préféré des railleries de ses compagnons.

Occupé qu'il était, Ouistiti n'avait pas remarqué que des incidents anormaux s'étaient produits à bord. De la nourriture disparaissait, des objets changeaient de place. Au début, on avait accusé les rats. Mais cela s'était avéré impossible par la suite. Comment des rats auraient pu découper un bout de voile au grand mât et voler du fil et des aiguilles ? Il n'y avait que deux solutions à ces mystères. Soit un homme, à l'esprit dégradé, s'était glissé parmi les membres de l'équipage ; soit, un clandestin se cachait quelque part par là. Tous les marins doutaient les uns des autres. Une seule chose était positive à leurs yeux : « Du moment qu'a ni femme ni opium à l'térieur, y'a pas d'mouron à s'faire !... ». Telle était la phrase qui revenait sans cesse dans la bouche de chacun. Les marins ont toujours été très superstitieux dans toutes les histoires de toutes les nations. Les femmes attiraient la convoitise. De cela découlait donc les ennuis, la discorde chez les navigateurs et la colère des dieux. L'opium était redouté, quant à lui, car il détruisait les facultés mentales. On disait qu'il endormait le cerveau d'un homme après l'avoir rendu fou et qu'il ne délivrait sa proie qu'une fois la mort survenue.

Ouistiti se rendit dans ses quartiers. Comme par miracle, le capitaine lui avait laissé le reste de la journée de libre. Il ne comprenait pas pourquoi mais ne chercha pas à le faire. Il allait pouvoir lire le dernier roman qu'on lui avait prêté. Il était confortablement allongé sur sa couchette quand il entendit des bruits. C'était comme si quelqu'un toussait. Cela reprit plus fort. Il regarda partout dans sa cabine, scruta chaque recoin. Lorsqu'il jeta un coup d'œil sous son lit, il vit une ombre mouvante. Il se baissa un peu plus pour mieux voir. Ses yeux s'habituèrent progressivement à l'obscurité. Sa curiosité d'adolescent pris le pas sur la peur. Et quelle ne fut pas sa surprise quand il remarqua qu'il s'agissait d'une personne en chair et en os. Son sang ne fit qu'un tour. Il ne paniqua pas et réagit vite.

- Allez sort d'ici ! Qui que tu sois, t'as pas le droit d'être là !

Celui qui était tapi dans l'ombre se déplia et se glissa hors de sa cachette.

- Tchinlaï ?!

Et oui ! C'était la jeune et belle asiatique de ses rêves. Comment se faisait-il qu'elle soit là ? Comment avait-elle pu rester dans son trou plus d'une semaine sans qu'il ne la remarque jamais ? Puis, sans qu'il ne s'y attende, elle s'effondra.

- Tchinlaï ! Mais que se passe-t-il ? Qu'as-tu ? Répond-moi ? Tchinlaï ?!

Elle était sur le sol. Elle ne bougeait pas. Ouistiti se pencha au-dessus de son visage. La sueur trempait son front. Un spasme la secoua. Le jeune garçon sursauta. Il lui fallait faire quelque chose, il ne pouvait pas la laisser dans cet état. Il la prit dans ses bras, la souleva et la déposa sur sa couche. Il la recouvra avec toutes les couvertures qui lui tombaient sous la main. Il sortit de la pièce avec fracas. Il courut le plus vite qu'il put. Il traversait couloirs après couloirs, coursives après coursives. Il était à la recherche de Doc. Son ami l'aiderait, il en était certain. Il était incapable de l'abandonner. Après avoir fureté dans tous les recoins du navire, il le découvrit dans un tonneau de pommes vide. Comme à son habitude, il était en train de cuver le rhum qu'il avait ingurgité la veille au soir.

- Doc ! Doc ! Allez réveille-toi ! Mais secoue-toi un peu ! Bon sang, Doc !...

- Hein ? Oui ! Qu'est-ce qu'il y a ? Que s'pass't'il ? Le bateau coule ?...

- Doc ! Mais c'est moi, Ouistiti ! Le vaurien, tu t'rappelles ?

- Ha ! C'est toi… Mais ça va pas d'gueuler comme tu l'fais ? Idiot ! Non mais, bougres de dieux…

- Doc, dépêche-toi, on a besoin de toi ! Allez grouille-toi un peu, nom de Dieu !

- J'arrive, j'arrive. Y'a pas l'feu quand même ? Merde alors…

Le gamin dut aider le vieillard à sortir de son tonneau. Il avait encore le derrière de coincer. Ouistiti traînait son ami par un pan de sa redingote. Si besoin était, il le poussait pour qu'il avance plus rapidement. Doc lui posait des questions. Il voulait savoir où on l'emmenait, pourquoi on l'avait demandé. Quelle était « cette urgence si urgemment urgente » qui le dérangeait pendant sa sieste quotidienne ? Il voulait à tout prix qu'on lui fournisse des explications. Le môme le projeta à l'intérieur de sa cabine. C'était à peine s'il ne l'avait pas jeté à terre. Doc s'arrêta net en découvrant la jeune fille.

- Alors là ! Je veux VRAIMENT des explications mon bonhomme. Sinon, ce n'est pas à moi que tu auras à faire mais au capitaine.

- Eh ! Doc ! On verra ça après si tu veux. Pour l'instant occupe-toi d'elle. Elle est tout ce qu'il y a de plus malade. Tu ne crois pas ?

- Ok, si tu veux. Va à la glacière chercher de la glace. Tout un bloc de glace ! Puis va récupérer mes instruments dans mes appartements. Ils doivent se trouver sur ma table de chevet. Allez vas ! Et surtout, ne traîne pas en route.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Ouistiti se dépêcha. Il fit ce que le médecin lui avait demandé. Il dut briser la glace en plusieurs morceaux. Doc lui expliqua que cela était censé faire tomber la fièvre. A la suite de cela, le jeune garçon fut obligé de sortir. Le vieil homme devait ausculter sa patiente. Il n'était pas correcte qu'un homme, et encore moins un enfant, soit présent pendant ce temps-là.

Au bout d'une très longue attente, Doc sortit. Il était épuisé. Il est vrai qu'il ne fallait pas grand-chose pour le fatiguer. Il expliqua à son élève que la jeune fille avait contracté le choléra. Cette chambre serait mise en quarantaine dès l'instant présent. Il fallait prévenir le capitaine car une épidémie serait à envisager. Cette maladie pouvait se répandre comme un rien. Mieux valait prévenir que guérir, tel était le proverbe.

- Je ne peux pas prévenir le capitaine, répondit brusquement Ouistiti.

Il savait qu'en mettant ce dernier au courant, Doc et lui-même risquaient beaucoup. Il savait aussi que si l'équipage apprenait qu'il y avait une femme avec eux sur les mers et les océans, cette femme aurait de gros ennuis.

- Ouistiti ! Tu le dois. C'est ton devoir d'aide de camp. C'est surtout le devoir d'un homme responsable. Te rends-tu compte que cette saloperie risque de se propager si on ne fait pas attention ? Tu es en train de mettre tout le monde en péril avec tes bêtises. Alors tu fais ce que je te dis et tu ne discutes plus !

Devant cet ordre, il ne pouvait plus reculer. Il n'avait plus le choix. D'un côté, il redoutait de trahir celle qui était à l'article de la mort sur son lit ; et d'un autre côté, ses sens du devoir et de l'honneur le persuadaient d'aller la dénoncer. Pourquoi hésitait-il ? Il ne savait rien d'elle, sauf que c'était une fille de joie dans un coin perdu du monde. Lui était-il arriver quelque chose qu'il ne pouvait s'imaginer ? Fuyait-elle un danger qu'il ne pouvait soupçonner ? Les seules réponses qu'il pourrait avoir un jour seraient celles qu'elle voudrait bien lui donner. Si un jour, effectivement, elle en avait l'occasion. Pour l'instant, elle n'avait que lui pour la soutenir et la protéger. Teauximer comprendrait sa détresse. Il lui laisserait certainement le temps de guérir. C'était un homme juste, quelqu'un sur qui on pouvait compter après tout.

Il hésita longtemps avant de se décider à aller rendre visite à son supérieur. La peur, l'angoisse lui serraient l'estomac. L'écouterait-on ? Ne l'écouterait-on pas ? Tel était le véritable problème. Prenant son courage à deux mains, il frappa à la porte.

Une voix bourrue lui dit d'entrer. A ce signal, il poussa le battant de bois.

- Oui ? C'est pourquoi ?

- Eh bien voilà… J'ai une requête à vous demander.

- Si cela est en mon pouvoir, je t'aiderais avec plaisir mon garçon. Vas-y parle, je t'écoute.

Ouistiti sentait le sang lui monter aux joues. Il ne se sentait pas le cran de lui mentir. Cet homme lui faisait confiance. Cependant, il avait honte de lui dire la vérité. Il n'avait pas peur de recevoir les foudres de la colère sur lui. Non ! Il avait seulement peur que quelque chose arriva à la jeune fille. Il était courageux mais pas téméraire. Il ne savait pas comment faire pour annoncer ce qu'il se déroulait à quelques mètres de là.

Puis, sans vraiment s'en apercevoir, il lui conta toute l'histoire en quelques phrases courtes et concises.

- Je vois… Je vois…

Ce furent les seuls mots que prononça Teauximer. Il les dit d'un air songeur, d'un ton calme et posé.

- Ton amie est donc une clandestine. Vois-tu, je ne sais guère comment résoudre ce problème sans prendre certaines sanctions. Tu comprendras que ces sanctions ne sont en fait que des précautions. J'ai besoin d'un peu de temps pour mieux y réfléchir. En attendant, vas voir si tu ne pourrais pas te rendre utile sur le pont. Je te ferais signe en temps et en heure quand cela s'y prêtera.

- Bien mon capitaine !

Le jeune homme fit le salut militaire et partit sans demander son reste. Il cherchait quelles pourraient être les sanctions auxquelles le capitaine avait fait allusion. Pour l'instant, la seule chose qui lui était conseillé, était de se faire oublier.

Il alla prendre des nouvelles de Tchinlaï. La fièvre n'avait toujours pas baissé, mais les spasmes et les vomissements avaient cessé. Il y avait encore de l'espoir. Elle était jeune et robuste. Doc était un très bon médecin malgré tous ses défauts. Il y avait aussi de l'espérance à propos des décisions qui seraient prises. On avait toujours dit au gamin que si tout ne s'arrangeait pas avec le temps, au moins cela se polissait comme une pierre avec la mer.

  Aucun commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 21-02-2007 à 13h39

 Tchinlaï Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 
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  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 01-03-2007 à 21h20


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  Blog créé le 17-02-2007 à 19h27 | Mis à jour le 11-04-2008 à 19h04 | Note : 8.29/10