| Epilogue
Quelques heures venaient seulement de s'écouler depuis la mort de Tchinlaï. Ouistiti et le capitaine Teauximer avaient décidé de lui offrir des obsèques dignes d'elle. Ils brûlèrent sa chair dans un feu immense, prirent ses cendres et embarquèrent sur le petit canot qui les avait conduits jusqu'à l'île Nuageuse.
Pendant que le capitaine ramait, Ouistiti dispersait les cendres de Tchinlaï à travers les flots en récitant ces quelques vers :
Mon cœur s'est brisé sur les rochers.
Le phare de mon amour s'est éteint.
Du glaive, tu t'es approchée,
Laissant ton sang sur cet étain.
Tu as vogué à mon secours,
M'abandonnant à ce séant.
L'eau salée, suivant son cours,
Ira de mers en océans.
Les flots de brumes porteront
Ton image sur leurs trois mâts.
Les baleines t'escorteront
Majestueusement, crois-moi.
Je ne pourrai plus contempler
Désormais que ton souvenir.
Je te bâtirai un temple, et
En moi, je te ferai venir.
Mais je ne serai apaisé
Que lorsque je t'aurai rejointe.
Loin de toi, rien n'est aisé.
Nos deux âmes étaient jointes.
La lumière de ta candeur
Me guidait à travers les nuits.
Toi, tu n'étais que grandeur.
Moi, je ne t'étais qu'ennuis.
La barque sombre du malheur
Part plus loin à chaque vague.
Elle m'étreint, me fait mal aux heures
Où le chagrin devient moins vague.
Malgré les tempêtes qui passent,
Malgré le soleil qui revient,
Je te revois et je trépasse
Quand ma mémoire se souvient.
Le soleil était à son zénith. Il brillait dans le ciel comme il brille les jours d'été. Des mouettes lançaient des cris perçants pour accompagner le ressac des petites vagues sur la plage. La vie était partout autour de la barque funeste. Les larmes du jeune garçon allaient rejoindre une à une les cendres éparses sur l'onde marine.
- Il nous faut rentrer maintenant, c'est fini…
- Mais je ne le veux pas.
- Tu ne peux plus rien faire que tu le veuilles ou pas.
- Le cap'taine a raison. Ecoute le mon p'tit.
Doc était dans les airs juste à côté de la petite embarcation. Il fit un signe d'au revoir aux deux marins pendant qu'un rayon de soleil l'emportait. Il avait l'air heureux. Il avait la même expression que Tchinlaï au moment de sa mort. Ouistiti et le capitaine surent qu'ils ne le reverraient plus jamais, qu'il allait accompagner Tchinlaï dans l'éternité qui les attendait.
Quand il eut disparu tout à fait, le capitaine fit demi tour avec la barque et ram jusqu'à la berge. Demain, il reprendrait le voyage qui les mènerait à Marseille, en France. Il lui sembla que cela faisait des années qu'ils étaient partis du port pour prendre la mer. Il savait qu'avec le temps, le jeune Ouistiti penserait avoir rêvé et imaginé toute cette aventure. L'âge nous fait dire que temps efface toutes les blessures. Il avait l'avenir devant lui et, surtout, toute une vie à remplir.
FIN
|